L'ABDICATION - WILLIAM CLIFF (POEME 2 )

Amis de l’émission/blog »Les Feux de la Rampe » , bienvenue à Vous tous.

 

Le Théâtre « Poème 2 «  a mis à l’affiche une œuvre dramatique belge qui nous concerne tous « L’Abdication »

Un grand moment du passé de la Belgique à retrouver grâce à William Cliff , de son vrai nom André Imberechts, poète belge de langue française., Prix Goncourt de la poésie en 2015 pour l’ensemble de son oeuvre.

Son dernier ouvrage « L’ABDICATION », une pièce ou plutôt un magnifique poème en alexandrin.

Un texte merveilleux interprété par deux grands acteurs : Julien Coene  (Léopold III ) et Dominique Rongvaux ( le Général , aide de camp du roi).

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 PROLOGUE DE L’AUTEUR

je n’ai pas la science ni la compétence

Mesdames et Messieurs de dire en l’occurrence

si le sujet auquel je donne ici ce soir

la parole sera au regard de l’histoire

justifié ou si la couleur de son nom

sera tachée à jamais de réprobation

j’ai pris ici le parti qu’il était sans tache

sans vous engager ni moi dans la lourde tâche

de démêler au milieu des avis divers

celui qui triomphera devant l’univers

c’est donc un roi sans tache que je vous présente

et momentanément je vous prie et demande

d’oublier la querelle et de considérer

que mon héros ce soir doit être révéré

s’il en est parmi vous qui pensent le contraire

je les supplie d’admettre ce soir que l’affaire

dont ils croient être sûrs d’avoir la vérité

restera suspendue par la nécessité

de donner sa couleur à notre personnage

et je l’ai voulue belle en souvenir d’un âge

où l’on aimait la grandeur et la majesté

où le nom de ce roi partout était chanté

avec amour et joie dans toutes les écoles

Mesdames et Messieurs en donnant la parole

à ce roi je ne veux en rien vous imposer

une vue mais chanter à tête reposée

sans vouloir ranimer la lointaine querelle

qui encore aujourd’hui divise et interpelle

des citoyens enclins à se diviser trop

oublions-la ce soir et que notre propos

soit d’écouter le vers et qu’après la séance

nous en soyons ouverts à plus de tolérance

en raison du bonheur à peu près sans égal

dont nous pouvons jouir dans ce pays – le mal

hélas court à grands pas sur toute la planète

ce soir dans ce théâtre ayons l’oreille ouverte

aux moments douloureux qu’il fallut traverser

quand la patrie vécut sous le joug c’est assez

que nous l’ayons souffert en ces temps difficiles

aujourd’hui je ne veux vous montrer qu’un seul fil

sur lequel mon archet a prétendu jouer

oubliant un écheveau trop enchevêtré

mais si le chant de ce fil vous charme un moment

ne nous ménagez pas vos applaudissements

 L’ABDICATION

 23 tableaux en vers, très brefs.

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 Une tragédie inédite qui nous invite à rêver la réconciliation de la Belgique.)

Benoît Blampain (metteur en scène ) : La royauté nous concerne tous, tout le temps, tous les jours, nous, Belges.

William Cliff écrit des pages remplies de vers qu’on appelle alexandrins pour porter un regard fictionnel et poétique sur une page étrange de l’Histoire de la Belgique.

L’auteur rêve l’Histoire et nous la transmet dans un échange entre le Roi lui-même et son Général aide de camp. En ces

temps de guerre, les faits et gestes du Roi sont constamment épiés, et le Général les relate avec une tendresse incommensurable mais aussi une rigueur toute en désespérance. Les sentiments, l’intimité des personnes en

présence, leur solitude aussi quelquefois, leurs doutes et leurs espoirs, la décision d’abdication, la signature de l’acte, tous éléments qui plongent le spectateur dans un univers sans aucune univocité, l’invitant à faire un voyage dans une pensée multiple et ouvrant la mémoire sur le domaine de la poésie.

Concrètement, je demande aux deux comédiens de dire les douze pieds de chaque vers, de respirer à la fin de chaque vers, le vers étant une unité de souffle. Le travail technique, la respiration et la profération du texte sont nos chevaux de bataille. Cette rigueur doit être toutefois balancée par la souplesse des liaisons et diérèses (que l’auteur indique par ailleurs), une diction qui fait la part belle au parlando (une prise de parole contemporaine).

L’auteur lui même balançant les quelques vers du prologue, à la volée, avec un bel humour dans l’œil. Les coupures en plein mot, graphiées par l’auteur, sont assumées, marquées, affirmées, afin de faire entendre cette écriture singulière

L’Auteur ou le metteur en scène ou la directrice du théâtre prend la parole avant le début du spectacle, dans la salle, pour inviter le public à écouter et voir se débattre les deux protagonistes en présence. Sur scène, un espace comme un immense trône (doré peut-être), symbole de la royauté, mais aussi plage de jeu pour ces deux grands enfants  qui tour à tour se retrouvent ou s’ignorent.

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 Et pourquoi pas, sous un immense dais de scarabées dorés à l’instar du plafond d’un salon du Palais Royal. Les deux personnages, engoncés dans leurs fonctions respectives, tentent cette impossible approche des corps que requiert le protocole. Le roi est vrillé à un siège (fauteuil, trône dans le trône) tandis que l’aide de camp campe toujours derrière la porte. Les corps se sensualisent dans leur engoncement même, l’empêchement de tout débordement devient le facteur du non-dit et toute tentative réprimée est source de tendresse retenue. Les corps dansent une danse tout en finesse, imperceptible, fébrile, pour créer un infinitésimal ballet de gestes inaboutis, pour ne se toucher jamais.

Les corps sont dans leurs coques protocolaires et ne peuvent exsuder que par touches troublantes.

Pas de vidéo ni d’images d’archives, une fiction pure et rêvée.

Une composition musicale fait planer un doute sur le concret des situations.

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Une musique composée par l’acteur/chanteur Julien Coene accentue l’aspect rêvé du spectacle.

Les lumières sont crues mais chaudes. Dans cet oxymore, on décèle la ...dissection des sentiments mais aussi l’amour que ces deux êtres se portent.

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 L’ABDICATION est un acte poétique de William Cliff comme tout acte poétique , il prend ses assises dans la colère.

L’ABDICATION est un acte politique.

L’ABDICATION est une page d’Histoire de Belgique, ce pays troublé.

La Seconde Guerre Mondiale voit le soupçon de collaboration plonger tout droit sur la tête du roi lui-même.

William Cliff met ce trouble en poème, en vers qu’on aimerait appeler « alexandrins ».

Hybrides, ces vers de douze pieds sautent allègrement au-dessus de toute règle classique pour former un langage éminemment contemporain.

Rupture, rythmes cassés, diérèse ou pas , la lecture s’en avère redoutable.

Qui plus est, les deux comédiens ont une diction parfaite qui nous offre, à nous spectateurs1 une réception magnifique du texte, ce qui n’est pas toujours le cas.

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On suit avec passion et intérêt ce dialogue qui se fait entendre par ces deux excellents comédiens, impeccables aussi dans leur gestuelle et leurs regards fixes , tendus l’un vers l’autre.

L’ABDICATION de William Cliff

Mise en scène : Benoît Blampiin

Avec Julien Coene et Dominique Rongvaux

Avec la participation de Wlliam Cliff , Benoît Blampain ou Dolorès Oscari pour la présentation du spectacle.

Assistant à la mise en scène : Stefan Ghisbain

Scénographie et costumes : Roberto Baisa

Musique : Juilien Coene

Lumière : Julien Soumillon

Photos : Alice Piemme

Production Poème 2

L’ABDICATION

Jusqu’au 26 mars  2017

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 Adieu adieu mon Roi dors ! que ta rêverie

Soit douce comme en nous un souvenir toujours

THEATRE POEME 2

Rue d’Ecosse 30 1060 Bruxelles

Infos Réservation : 02 / 484710161

 

Amis de l'émission/blog " Les Feux de la Rampe "vous ont proposé  un instant  important de la Belgique.

 Notre moment de séparation : Ce mercredi 15/03 à 20h55 sur Arte, le film  de Costa Gavras : COMPARTIMENT TUEURS avec trois grandes stars : Yves Montand, Simone Signoret et Michel Piccoli.

A ce film s'enchaînera un documentaire intéressant : un panorama du cinéma français  de 1895 à nos jours .

Bonne  soirée en perspective

Roger Simons

 

 

 

 

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