LES MURS MURMURENT-BABETIDA SADJO- THEATRE BOSONS

« Tous les enfants viennent au monde pour rencontrer leur père, sinon pourquoi sortiraient-ils de leur mère ? »

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 J’ai un souvenir très présent d’avoir vu et applaudi chaleureusement cette jeune comédienne dans la pièce de Pietro Pizzuti «  L’Initiatrice », une pièce superbe qu’elle jouait avec Florence Crick.  Nous étions dans les années 2011...

Je la retrouve au Théâtre  Boson cette fois avec un texte dont elle est l’auteure, qu’elle nous fait vivre intensément pendant cinquante minutes...

Un «  seul en »violent, bouleversant , affectif !


 BABETIDA SADJO

Babetida est née en 1983 à Bafata, en Guinée Bissau. A douze ans, elle fait le grand écart entre les continents et se retrouve au Vietnam. Un nouveau pays, de nouvelles langues, d'autres gens. Pourtant, dans son souvenir d'adolescente, au-delà des différences entre l'Afrique et l'Asie, elle y voit aussi beaucoup de points communs. Et même si la couleur de sa peau, et ses cheveux qu'on remarque, la distinguent , Babetida ne s'est jamais sentie « à part ». Elle s'est fondue tranquillement, dit-elle, dans ce pays qu'elle aime tant. Malgré la pauvreté du Vietnam, c'est pour elle un pays riche de ressources et d'imagination, comme son deuxième pays. Au point d'espérer un jour y retourner, y travailler un temps à l'Alliance française, le faire découvrir à son fils...

Babetiba : « Une merveille, le plus bel enfant du monde »

Retourner en quelque sorte sur le chemin de son adolescence et retrouver aussi ces paysages magnifiques.

C'est là, au Vietnam, qu'elle découvre le théâtre. Parce qu'il lui faut améliorer son français, et que les loisirs sont rares, elle suit un cours de théâtre. Un monde qui lui est totalement inconnu mais qu'elle découvre avec bonheur.

 A 16 ans, nouveau grand écart : Babetida débarque en Belgique . Et tout naturellement elle continue à faire du théâtre. A Liège tout d'abord, au Centre Antoine Vitez, et à Bruxelles ensuite où elle intègre la classe de Bernard Marbaix au Conservatoire.

Elle lit énormément, ce qui nourrit sa passion pour les livres. Enfant, sa mère lui disait déjà : « Dès que tu sais lire, le monde t'appartient. Va à l'école tant que tu peux.»

Alors Babetida dévore tout ce qu'elle trouve.

Babetida : C'est compulsif. Si j’entre dans une librairi, il faut que j’en sorte avec un livre sous le bras. »

Lire est une révélation pour elle. Toute cette imagination qui vient à soi, comme un autre monde.

Babetida : C'est presque vivre sur une deuxième planète spirituelle, rien qu'avec les livres. je trouve ça fascinant. 

Le théâtre, pour Babetida, est le prolongement naturel des livres : faire en sorte que toute la puissance de cette imagination devienne réelle, soit transmise et partagée.

(Extrait de «  L’artiste du mois »  - mars 200 –Share)

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 20h30. Une jeune femme apparaît très nerveuse, portant de grandes valises « abimées »Elle fait plusieurs fois le « voyage » Puis, la voilà qui nous regarde...

Syno : Cette jeune femme arrive devant son père vu pour la dernière fois quinze ans plus tôt. Elle veut lui dire le manque de lui. Elle veut lui parler de l’abandon qui n'en finit pas de guérir. Elle arrive dans cet endroit où le silence des morts permet les paroles des vivants. De reproches en déclarations d’amour, elle déroule le fil de sa vie vide de lui et remplie de blessures d’enfance. Elle attend une réponse à ses questions. Serait-il encore temps pour une rencontre entre père et fille, ou bien le bruit du manque du père ne laissera percer que l'écho de celle-ci? 

Les murs murmurent les chants de notre enfance et le silence des pères.

Les murs murmurent est une supplication à prendre la parole tant que les verbes articulent encore nos émotions.

Les murs murmurent est un cri face au silence.

Babetida Sadjo est déchirante, pathétique.

Son écriture est percutante.

Son interprétation est tout a fait extraordinaire, hors du commun.

Elle ne joue pas, elle vit cette histoire dramatique.

Babetida est une toute grande comédienne.

Elle a travaillé plus d’un mois avec Hélène Theunissen , metteuse en scène et comédienne au Théâtre des Martyrs. Sa mise en scène est vivante, percutante, humaine, très humaine.

 INTERVIEW THOMAS ROLAND/BABETIDA SADJO

 Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ?

 J’ai toujours voulu écrire mais le temps me manquait et puis surtout chaque chose en son temps, ici c’est le sujet qui m’a intéressé : le lien père fille.

Les murs murmurent est donc votre première pièce…

C’est ma première pièce que j’ai osé terminer, monter, produire et jouer. J’ai décidé de prendre le risque de créer et de restituer le lien père et fille qui m’a toujours fasciné.

Pourquoi cela ?

C’est un mystère puisque je n’ai pas eu de père. Enfin, si, mais c’est un père absent… physiquement. J’ai épinglé la souffrance de l’absence des pères chez des femmes que je côtoies ainsi que chez moi, et c’est un sujet qui est banalisé. Le lien qu’un père dessine sur le destin relationnel de sa fille. Je trouvais que cela méritait un coup de canif et une opération chirurgicale afin d’ouvrir le débat… J’ai compté le nombre de souffrance des filles et j’ai décidé d’en parler.

Pourquoi ce choix du monologue ?

J’ai choisi le monologue parce que c’est un sujet intime… et j’avais envie de suivre un personnage qui reflète diffèrents cas de souffrances de ces filles sans pères qui peinent avec la relation à l’homme. Je ne suis qu’un grain de sable, mais je pense que les relations père/fille est le mal le plus destructeur et le plus tue de notre époque.

Dans quel sens ?

Pour une femme, l’amour du père est ce qui donne le ton sur comment elle va gérer sa vie de femme. Or, si cette relation est inexistante, c’est un peu plus compliqué pour comprendre les hommes et donc pour établir une relation sans méfiance ! Après, je ne suis pas psychologue, mais je suis sûre qu’il y aurait moins de conflits au sein du couple si les pères et leurs filles établissaient une relation d’amour, de présence et de dialogues, mais la société a décidé, il y a longtemps, que seules les mères peuvent s’occuper des enfants (même si cela change, maintenant) et les pères ont été mis dans le rôle du « non-emotion ». On parle de l’amour du père et non de son autorité…

Pourquoi n’avez-vous pas mis en scène vous-même ?

Parce qu’il faut le recul, parce que je ne serai que comédienne à partir du moment ou je serai sur scène. Il faut le recul sur l’écrit et je n’ai pas envie de réfléchir et d’analyser ce que j’ai écrit. Et puis, cela me permet de lâcher prise. Alors, je peux laisser place à ce qui est indescriptible, à ce qui échappe et touche les gens. Surtout, c’est plus amusant de créer à plusieurs que seule.

Ce regard extérieur, la mise en scène de Hélène Theunissen vous a-t-elle amené à réfléchir sur certains aspects de votre pièce, à faire des changements ?

On vient de rentrer en création, on avance au fur et à mesure ! C’est une femme extraordinaire, elle était ma prof et elle m’a déjà mise en scène dans Le masque du dragon de Philippe Blasband. C’est une nouvelle collaboration dont j’ai hâte d’en voir le fruit. Je lui fais totalement confiance et je sais qu’elle m’assistera dans ce bel accouchement.

(Extrait de propos publiés dans « Entretiens Scènes/expos.Théatre- 28/04/16)

LES MURS MURMURENT

Ecrit et joué par Babetida Sadjo.

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Mise en scène : Hélène Theunissen et Babetida

Scénographie : Noelle Ginefri

Création lumière : Nicola Pavoli

Regard extérieur texte : Caroline Chisogne

Régie : Lucas Hoyois

LES MURS MURMURENT

Du 08 au 23/0917

THEATRE  BOSONS

Chaussée de Boondael  361 -  1050  Bruxelles

Infos Réservations :0471 32 86 87

Amis de l’émission/blog «  Les Feux de la Rampe » , merci de suivre quotidiennement   les spectacles en cours à Bruxelles.

Les chroniques du blog vont se suivre les unes après les autres : THÉÂTRE LE PUBLIC, RIDEAU DE BRUXELLES, THEATRE ROYAL DES GALERIES , THEATRE ROYAL DU PARC , THEATRE DE LA VIE , THEATRE DES RICHES-CLAIRES, THEATRE DES MARTYRS, THEATRE LA CLARENCIERE, THEATRE JEAN VILAR  , THEATRE NATIONAL , et d'autres encore dont le superbe Festival Bruxellons...

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A tout bientôt!

Roger Simons



 

 

 

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