TRISTESSES-ANNE-CELINE VANDALEM (THEATRE NATIONAL) (republication)

Amis de l'émission/blog " Les Feux de la Rampe ", bonjour.

Nous re-partons ensemble pour une grande aventure...Suivez-moi.

Boulevard Emile Jacqmain : Le Théâtre National !

Un spectacle de théâtre musical dont le sujet principal est la relation qu’entretient le pouvoir à la tristesse.

Empruntant les codes du polar et de la politique.

Anne-Cécile Vandalem dissèque avec humour l’une des plus redoutables armes politiques contemporaines : l’attristement des peuples.

Au moyen d’un dispositif à la frontière du cinéma, elle met en lumière le pouvoir des médias et le mode opératoire d’une censure qui agit au grand jour ou dans l’ombre insidieusement.

TRISTESSES - EVENEMENT THEATRAL ET CINEMATOGRAPHIQUE

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Sur le plateau du théâtre, un groupe de caméras dissimulées qui filment en direct l’action de la pièce et qui rejoignent les endroits   où se joue le spectacle - théâtre.

A ma connaissance, c’est la première fois que l’on procède de la sorte.

UN DISPOSITIF À LA FRONTIÈRE DU CINÉMA

Tristesses est l’histoire d’une histoire, de son déroulement à sa reproduction sur un plateau de tournage.

La scénographie répond à cette nécessité : la mise en place d’un dispositif intégré à la fiction même.

Devant nous se trouvent les différents espaces fictionnels (la maison des Petersen, la maison des Larsen, l’église, la maison de Ida Heiger, la place du village). Ces maisons, par leur ligne épurée, renvoient tout autant à une esthétique nordique qu’au décor d’un plateau de tournage.

 

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Alors que chaque intérieur laisse dévoiler, par le truchement de la caméra, un intérieur extrêmement réaliste (salle à manger des Petersen, cuisine des Larsen, église protestante, chambre et bureau de Madame Heiger, sauna de Mr Heiger), le village de TRISTESSES et ses habitants évoluent dans une palette chromatique légèrement décalée du réel (teintes grises, lumières en clair-obscur empruntant à l’esthétique de Roy Andersson).

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Cette esthétique renforce la sensation d’une inquiétante étrangeté et se révèle être une des clés du basculement de l’intrigue : alors que le spectateur peut, en début de représentation, être tenté de croire à un choix esthétique relevant d’une forme de réalisme, il sera comme progressivement frappé par l’évidence de ce qui se joue devant lui : l’histoire d’une histoire.

La fonction dramaturgique des images.

La manière de représenter le village de TRISTESSES et d’amener, à travers le prisme de la caméra, la découverte de ses habitants, permet un glissement progressif vers le politique.

En déplaçant le regard du spectateur, en lui permettant de voir, via l’angle de la caméra, ce qui se passe à l’intérieur des maisons ou en dehors de son champ de vision, le dispositif questionne le principe de représentation, la notion de voyeurisme. Il confronte également le spectateur à la puissance des images, le poussant, entre attrait et répulsion, à une prise de conscience des multiples potentialités que recèle l’image filmée.

TRISTESSES met en relief le détournement qu’il est possible d’en opérer. Une dichotomie s’établit entre ce que les images racontent effectivement et la manière dont elles sont détournées, entre leur caractère objectivant et ce qu’elles sont capables de produire de charge émotive. Le spectateur peut ainsi s’approprier le sujet en opérant ce double mouvement d’identification à la fiction et de distanciation vis-à-vis de celle-ci.

Afin de renforcer ce ressort dramaturgique, l’utilisation de la vidéo passe également par l’utilisation du gros plan.

Le gros plan

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Dans le récit, le parti politique en place, le Réveil Populaire, dirigé par Martha Heiger, est un parti qui tend à contrôler, par la surexposition, les individus : aucune zone d’ombre ou de refuge n’est possible. Le visage apparaît comme cristallisation de cette idée : à la fois masque ou miroir par lequel les pensées ou les émotions sont cachées ou révélées malgré nous, mais aussi surface réfléchissante, outil de propagande affective, de falsification ou de contrôle des émotions.

 

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C’est passionnant de suivre ce chemin de l’image tout en observant le jeu des comédiens...

Tout cela est génial ! Remarquablement réalisé.

Cela dit, on se sent plus au ciné qu’au théâtre...

Le théâtre évolue sans cesse...et cela se sent un peu partout dans les milieux théâtres.

Nouveau et intéressant ! Tant pour les comédiens que les spectateurs.

 

TRISTESSES- L’HISTOIRE DU PASSE – L’HISTOIRE PRESENTE...

 

Tristesses est une petite île située au Nord du Danemark. Suite à la faillite de ses abattoirs, principale source économique du lieu, elle s’est vidée de ses habitants. En 2016, elle ne compte plus que huit habitants et est administrée par un maire issu du Parti du Réveil Populaire ; parti populiste de droite fondé par Käre Heiger (habitant l’île) et actuellement dirigé par sa fille, Martha Heiger.

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Nous sommes à la veille des élections nationales. Martha Heiger est donnée pour favorite au poste de premier Ministre. Alors que sa mère, Ida Heiger, s’apprête à faire des révélations concernant l’implication du Parti du Réveil Populaire dans la faillite des abattoirs, leur fermeture et la mort de deux fermiers, elle est assassinée. Son meurtrier, Joseph Larsen, pasteur et ancien comptable des abattoirs, lourdement impliqué dans cette histoire, déguise ce meurtre en suicide.

En se réveillant le matin, les habitants découvrent Ida Heiger pendue dans le drapeau du Danemark. Pour sa fille, cela ne fait aucun doute, l’acte de sa mère est destiné à déstabiliser le parti et l’empêcher de remporter les élections.a

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Alors qu’elle est de retour sur l’île de Tristesses pour récupérer (incognito) le corps de sa mère, elle soumet un projet aux habitants : la réhabilitation des anciens abattoirs en studio de cinéma de propagande destinés à prévenir des dangers qui menacent le Danemark.

Chaque habitant est impliqué dans une affaire compromettante et n’a d’autre choix que de se soumettre à la volonté du parti. Les habitants se résignent à signer. Seules deux adolescentes vont tenter de résister.

 

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Croyant être guidées par les visions de la plus jeune, qui communique avec le spectre d’Ida Heiger, Ellen et Malene vont entreprendre de remettre les abattoirs en marche afin d’accomplir la dernière volonté d’Ida Heiger : y être incinérée. Leur quête, dans laquelle elles s’engagent naïvement, les amène à tenter d’assassiner Martha Heiger. Mais cette résistance vaine les conduit indirectement vers leur mort.a

 

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Il en va de même pour l’ensemble des habitants de l’île qui, poussés dans leurs derniers retranchements, finissent par s’entretuer. Ne reste plus alors à Martha Heiger qu’à quitter l’île discrètement, emportant avec elle les images de ce qui constituera le premier film produit par le parti : un documentaire fictif ayant pour sujet l’assassinat d’une petite communauté par deux jeunes adolescentes, en perte de repères. La culture n’est plus ce qui nous défend de la barbarie et doit être défendue contre elle. Elle est ce milieu même dans lequel prospèrent les formes les plus intelligentes de la nouvelle barbarie. (G.Didi-Huberman)

Quelques mois plus tard, le Parti du Réveil Populaire remporte les élections et Martha Heiger est nommée Premier ministre. Son premier projet est de faire passer une loi liberticide imposant un quota de production et de diffusion d’œuvres nationales via les télévisions et médias et limitant l’attribution de subventions aux seules œuvres ayant été approuvées par une commission mise en place par l’État.

 

LA PRESENCE MUSICALE

 

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Au même titre que la vidéo, la musique joue un rôle notoire dans la mise en place de la propagande et la mise en perspective de la censure. Alors que la vidéo met en lumière et instrumentalise l’émotion, la musique joue son rôle d’amplificateur dans la mesure où elle constitue une dynamique fondamentale qui innerve la structure et le récit.

Deux musiciens sont en scène et jouent durant pratiquement tout le spectacle.

Certains chants intégrés dans la fiction. Il s’agit de chants clairement associés à un héritage qu’il soit culturel ou religieux (chant folklorique danois, cantique protestant).

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TRISTESSES

Cette pièce joue avec les codes du polar.

Au cœur de l’histoire se mêlent deux intrigues : un meurtre déguisé en suicide (qui sera finalement élucidé), et le sacrifice d’une communauté pour un enjeu politique.

La rencontre entre ces deux intrigues est d’autant plus violente que les personnages ne détiennent pas tous les mêmes clés de compréhension de ce qui se joue (certains subissent sans comprendre le drame qui se joue, d’autres pressentent la tragédie à venir ou se contentent de la traverser avec l’inconscience et la légèreté de la comédie.

TRISTESSES exploite ainsi les personnages et les situations dans leur caractère intégral et jusqu’à leurs limites et constitue, dans une certaine mesure, l’histoire d’une rencontre violente entre la comédie, le drame et la tragédie.

Dix comédiens l’interprètent avec virulence.

On oublie qu’ils sont des acteurs, tant ils sont vrais dans l’interprétation de leurs personnages.

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TRISTESSES

Un tout grand spectacle !

Empruntant les codes du polar et de la comédie politique, Anne-Cécile Vandalem dissèque avec humour une des plus redoutables armes politiques contemporaines : l’attristement des peuples.

 GENERIQUE

Les comédiens : Vincent Cahay, Anne-Pascale Clairembourg, Epona et Sléné Guillaume, Pierre Kissling, Vincent Lécuyer, Bernard Marbaix, Catherine Mestoussis , Jean-Benoit Ugeux, Anne-Cécile Vandalem , Françoise Vanhecke

Conception, écriture et mise en scène : Anne-Cécile Vandalem

Composition musicale : Vincent Cahay , Pierre Kissling

Scénographie : Ruimtevaarders

Création sonore : Jan-Pierre Urbano

Création lumière : Enrico Bagnoli

Création costumes : Laurence Hermant

Création vidéo : A van Egmond

Régie générale et plateau : Damien Arril

Assistanat de création : Sarah Seignobosc

Chef opérateur : Federico d’Ambrosio

Accessoiriste : Fabienne Muller

Création maquillage : Sophie Carlier

Coiffure :Gaetan d’Agostino

Soprano , instrumentiste et coach : Françoise Vanhecke

Second assistant de création : François Maque

Collaboration dramaturgique : Sébastien Monfé

Assistante costumes : Elisa Vidal Riezu

Assistant régie : Pierre Draye

Assistant caméra : Simon Breveeld

Régisseur Lumière : Kevin Sage

Création : Das Fräulein (Kompanie) et Théâtre de Liège

Production : Das Fräulein (Kompanie).

Coproduction :Théâtre de Liège (Be), Le Volcan – Scène Nationale du Havre (Fr), Théâtre National de la Communauté française (Be), Théâtre de Namur (Be), Bonlieu – Scène nationale Annecy, Le Manège. Mons, Maison de la Culture d’Amiens – Centre européen de création et de production, Les théâtres de Marseille (Fr), Aix- en-Provence....

TRISTESSES

Les 22 & 23/09/17

THEATRE NATIONAL

Bld Emile Jacqmain111-115 - 1000 Bruxelles

Infos Réservations : 02 / 203 53 03


 

Amis de l’émission/blog «  Les Feux de la Rampe » , merci de votre attention.

Bonne vision ou re-vision et à tout bientôt !

Roger Simons


 

 

 

 

 

 

 

 

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