• LE BRUIT DES OS QUI CRAQUENT

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    SUZANNE LEBEAU

    THEATRE DE POCHE


    Voici une pièce au texte magnifique et percutant, écrite à partir de témoignages d'enfants africains. 

    Une bonne idée que de faire une reprise de cette pièce importante.

     

    Je vous propose une lecture( ou relecture) de ma chronique-critique publiée  au lendemain de la première représentation.

     

    LE BRUIT DES OS QUI CRAQUENT

     31.01.2013

     C'est l'histoire de deux enfants soldats- 10 et 14 ans - et celle d'une infirmière qui témoigne…

     

    Elikia : Je veux que mes souvenirs soient utiles. Je veux dire à ceux qui font la guerre que si le fusil tue le corps de celui qui a peur, il tue aussi l'âme de celui qui le porte.

     

     Suzanne Lebeau (l'auteure) :  Elikia est une enfant parmi tant d'autres qui a vu sa vie basculer du jour au lendemain dans une guerre civile chaotique et sans lois.

    Après une rafle dans son village, la petite devient enfant soldat. Victime, elle devient elle aussi bourreau.

    Comment grandir et rester humain quand les repères s'effacent?

     Deux ans  plus tard, c'est Joseph,  le plus jeune enfant à parvenir au camp des rebelles, qui lui rappelle son enfance, sa famille, son village, son humanité, qui lui donne le courage de briser la chaîne de violence dans laquelle elle a été entrainée.

    Il est l'étincelle qui poussera Elikia à fuir et à les sauver tous deux de leurs destins tragiques…

     

    La pièce est jouée en lingala et  en kinyawanda, surtitrée en français  (caractères très visibles). Les séquences avec l'infirmière sont en langue française. 

     Trois comédiennes africaines tout à fait remarquables pour faire vivre cette tragédie : Angel Uwamahoro-Kabanguka, Olga Tshiyuka-Tshibi, Aïssatou Diop.

    Elles créent  auprès des spectateurs une émotion intense.

     

     LE BRUIT DES OS QUI CRAQUENT  est un texte qui trouve tout à fait sa place dans la volonté du Théâtre de Poche  d'aborder sur la scène du théâtre les urgences liées au monde de l'enfance.

     

     Roland Mahauden (Directeur du Poche à l'époque), et Metteur en scène de ce spectacle) :

    Depuis de nombreuses années, nous poursuivons avec « Amnesty International », « La Ligue des Droits de l'Homme », et d'autres associations, des partenariats sur des thématiques liées aux droits humains. 

    Ici, il nous a paru essentiel de conjuguer à nouveau nos efforts avec  "Amnesty » pour pousser le public à réagir et à réfléchir cette fois à la réalité d'enfants enrôlés de force dans la guerre.

     

    Suzanne Lebeau (Auteure) : J'ai été bouleversée par le regards et les récits d'enfants soldats dans un documentaire. On parlait alors de 300 000 enfants. Aujourd'hui, en faisant des recherches pour préparer le lancement du spectacle, je lisais qu'ils sont 500 000 intégrés dans les forces armées, régulières ou rebelles, dans au moins quarante et un pays. Quels que soient les chiffres, ils sont effroyables.

    Je n'ai pas pu oublier et faire comme si je ne savais pas. J'étais obsédée par les images, celles que j'avais vues et celles que j'imaginais !


     Mijanou, notre spectatrice attitrée, nous communique ses impressions sur cette pièce d'exception.

     

     Mijanou : Une pièce très interpellante, de grande qualité par différentes optiques de simplicité, de sobriété, dans le récit, dans le jeu des comédiennes, dans la mise en scène.

    J'avais en tête en me rendant au théâtre, un terrible film sur le sujet des enfants soldats en Afrique, film vu l'an passé dans un centre culturel, mais dont j'ai hélas oublié le titre... un prénom de femme, je crois !  Si quelqu'un (ou une) s'en souvient, qu'il nous écrive ! Merci.

    Cette pièce montre aussi toute l'horreur de ce drame des enfants soldats (et plus encore celui des filles) embarqués contre leur gré, ou volontaires car prisonniers de leurs illusions, ou de la faim.

     Bien sûr, le cinéma permettait des développements d'actions et réactions à l'infini, mais ici, le simple fait d'être le témoin de ce cheminement dans une nature hostile de la "grande" de 14 ans (celle qui est enrôlée dans le camp des rebelles), qui emmène tout en la sauvant, la "petite" de 10 ans jusqu'à un hôpital, est suffisant pour que nous soyons touché au coeur !

     Le troisième personnage, l'infirmière crée le lien entre ces enfants otages de guerres et ... une commission qui se rend sur place, les médias, les politiciens d'ici, les "responsables", ... NOUS,... nous, tout simplement, qui sommes "rappelés à l'ordre" (comme le dit le programme). A l'ordre, à la compassion et à l'action...celle qui nous est possible : une action de soutien par exemple à une association active dans ce domaine.


    ACTUELLEMENT AU THEATRE DE POCHE

     

    Il s'agit d'une création théâtrale mise en scène avec pudeur, énergie,  vérité par Roland Mahauden, qui a dirigé ses acteurs africains  avec    générosité et un sens humain des plus profonds, les faisant évoluer  sur le plateau avec sincérité et simplicité, rendant leurs propos vrais, authentiques. Il a évité toute facilité, tout geste ou mouvement superflu, excessif. Il a réussi à nous émouvoir, à nous rendre compte du problème dramatique de ces enfants soldats, à nous faire prendre conscience de mieux nous intéresser à ces drames qui se passent  sur notre planète !

    LE BRUIT DES OS QUI CRAQUENT

     La scénographie d'Olivier Wiame est - elle aussi - faite de simplicité : un fond de scène représentant  la densité de la forêt africaine. Avec un rideau transparent - à l'avant scène - qui  nous offre la possibilité  de diriger « autrement » notre regard  sur les personnages. 

     Ont  collaboré également à ce spectacle :  Xavier Lauwers(lumières) , Alain Wathieu (costumes ), Marc Doutrepont (décor sonore) et Daniela Bisconti (collaboration artistique)

     Un spectacle qui mérite notre attention à tous ! 

    Un spectacle  que nous devons voir en urgence ! 

     

    LE BRUIT DES OS QUI CRAQUENT

    Au Théâtre de Poche

    Chemin du Gymnase  1 a - 1000  Bruxelles

    Jusqu'au 16 février 2013

    du mardi au samedi à 20h30

    Infos Réservations :  02 / 649 17 27

    (Avec des extraits de propos publiés dans le programme du théâtre)

     

    Roger Simons

     

      

     

     

     

     

     

     

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  • LES ENFANTS DE JEHOVAH

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    ECRITURE & MISE  EN SCENE  : FABRICE MURGIA 

     GRAND MANEGE : NAMUR

    « Je suis un raconteur d'histoires » 

     Fabrice Murgia, 29 ans, né à Verviers (Belgique).

    Auteur et metteur en scène.

    Artiste associé du Théâtre National.

    Dirigeant de la Cie Artara , ensemble de performers, vidéastes , plasticiens et musiciens rassemblés autour de ses créations- soucieux de témoigner du monde avec le regard et le langage de leur génération.

     

    2009 . Fabrice Murgia met en scène son premier spectacle : «  Le Chagrin des ogres »

    Ses  spectacles suivants :  « Chronique d'une ville épuisée » ,  « Exils », « Ghost Road ».

    Aujourd'hui : « Les enfants de Jéhovah »   une réalisation inspirée par une lointaine histoire familiale.

     

    (Extrait du magazine «  ENTR'ACT - Octobre 2012 ) :

    Fabrice Murgia : Durant la première partie de ma vie, mon père était Témoin de Jéhovah. Quand il a rencontré ma mère, il s'est vu «  banni » du Royaume de Dieu car elle refusait d'adhérer au mouvement.

    Mon frère  moi avons grandi dans l'incompréhension aux confins de la secte.

    Nous avons vu notre père rejeté par ses frères et sœurs.

    Notre famille porte  les cicatrices d'un passé lourd : les rapports sont fragiles quand ils ne sont pas brisés, les non-dits restent infranchissables dans la douleur d'être ignoré par nos proches , chacun traçant sa vie sans jamais se croiser.

     Mon spectacle ne traite pas explicitement des sectes comme «  un problème de société » mais propose une réflexion sur le rapport trouble entre les origines et l'argent, les thèmes du travail et de l'imaginaire formaté.

     

     Fabrice Murgia : Un surdoué ! Un génie !


    Fabrice Murgia : Mon spectacle questionne la mécanique et les effets de l'endoctrinement notamment chez les groupes religieux à tendance sectaire tels précisément Les Témoins de Jéhovah !

     Cette nouvelle création s'articule autour du témoignage d'une femme s'adressant par vidéo à son frère pour le convaincre de rejoindre les Témoins, qu'il a quittés, et sauver son âme.

     Parallèlement s'installe , dans un autre espace scénique , une narration plus mentale, psychologique , fantasmagorique même où le fantôme d'une mère disparue continue à souffler son influence à l'oreille de cette femme.

     

    Un spectacle , véritable chef d'œuvre qui exige une attention soutenue,très concentrée car , comme d'habitude , Fabrice Murgia ne cherche pas à disséquer et à tout expliquer.

    Il se sert de son sujet pour poursuivre son questionnement sur la jeunesse d'aujourd'hui.

     

    Fabrice Murgia : Les témoins sont une sorte de couverture pour parler  de ces moments de fragilité où un être est tout à coup en prise avec de nouveaux terrains de folie et cherchent à se rassurer.

     Les témoins de Jéhovah pensent que notre génération connaîtra l'apocalypse et qu'ils en seront sauvés.

    C'est intéressant à mettre en relief pour voir comment un être fragilisé peut percevoir tous les évènements du monde comme une punition....

     

    -Cécile Michaux/Théâtre National : Comment  naît le texte de vos spectacles ? 

     Fabrice Murgia : Il naît à partir de témoignages retranscrits : interviews, documentaires qui sont transposés pour le plateau.

    C'est une technique qui change régulièrement , parfois on fait de l'improvisation aussi...

    On peut créer d'ailleurs sans avoir le texte comme principal élément de la dramaturgie.

    Avec le texte parfois, il me semble qu'on a le sens coincé dans la bouche et qu'on est moins dans la sensation première.

     -Cécile Michaux : Quel rôle donnez-vous à la vidéo, au son et aux langages technologiques ?

     Fabrice Murgia : Elles sont protagonistes à part entière.

    Par exemple dans le cas de l'enfant en vidéo. , tout au début.

    Elles ont aussi une valeur narrative et les interventions de voix ont une grande importance dans la construction des personnages.

    Ces effets cherchent  aller au-delà de la simple description , ils décalent le propos vers un endroit qui est de l'ordre de l'étrange , du mystère , de l'indéfinissable... 

     - Cécile Michaux : Vos images sont imaginées à la fois pour être sensorielles et créatrices de distance ...

     Fabrice Murgia : L'objectif est que le spectacle se fasse davantage dans la tête du spectateur que sur le plateau. Les images que l'on crée ne sont jamais fermées, il faut les compléter avec son vécu.

     - Cécile Michaux :  Vous évoquez la question des sectes : votre pièce est-elle volontai-rement engagée, dénonciatrice ?

    Fabrice Murgia : Il y a l'idée de dénoncer l'endoctrinement, ou,  en tout cas, de parler d'un moment de la vie où l'on est vulnérable face à un fanatisme religieux ou politique , un moment où tout peut basculer , où l'on est dans une fragilité extrême. 

     Mon histoire est celle d'une femme qui a perdu un enfant et qui vient d'émigrer dans un pays qu'elle ne connaît pas et dont elle ignore la langue et c'est cette addition de peurs qui va , dans un moment de doute, la faire basculer.

    (Interview  Cécile Michaux / Fabrice Murgia, extraite du dossier pédagogique réalisé par  Cécile Michaux)

     

    Notre spectatrice attitrée , Mijanou Loosen  , a vu ce spectacle hier soir. Elle nous communique ses  précieuses impressions.

     

    Mijanou Loosen : Pour ma part, je suis entrée, je dirais "à pieds joints", une nouvelle fois, dans l'univers théâtral de Fabrice Murgia, avec admiration pour la manière si personnelle et si subtile qu'il a de traiter un sujet ; avec aussi une émotion profonde, ressentant très fort tout ce qu'il exprime à travers cette création.

     J'ai été comme "transportée" par ce spectacle, appréciant toute la richesse des thèmes abordés. Car il n'est pas question que de la problématique des sectes ; c'est l'enfance, dans toute sa pureté ou sa splendeur, qui est évoquée; il s'agit aussi du destin d'une femme immigrée; il est question du traumatisme vécu lors d'un incendie; les mécanismes de la peur qui paralyse transparaissent aussi ... tout cela nous apparaît à travers des scènes et vidéos qui sont très subtilement entremêlées.

     Il faut peut-être préciser qu'il est important d'être un spectateur très attentif pour tout "capter" et bien comprendre toute la richesse de cette création... et que, lorsque l'on connait un peu ce qu'est la vie d'un membre des Témoins de Jéhovah, lorsqu'on a une idée de toutes les interdictions auxquelles ils sont soumis, lorsque l'on connait leurs thèmes de prédilections... on apprécie mieux, et on comprend mieux comment et pourquoi Fabrice Murgia a construit son spectacle.

     J'ai trouvé passionnant d'imaginer la personnalité de ce frère qui est absent de la scène, mais qui est omni-présent ; qui est celui qui a osé résister, se révolter, se libérer de ce conditionnement subi depuis l'enfance, et qui a réussi à être lui-même ... et enfin j'ai trouvé fort beau la dernière scène qui nous évoque une autre délivrance, avec un brin de fantaisie enfantine, qui fait chaud au cœur.

     

    Fidèle à son univers particulier , c'est vraiment le moins que l'on puisse dire, avec une création vidéo omniprésente , des lumières , des sons, des musiques qui nous transportent, un réel dialogue serré entre le jeu des trois comédiennes et une mécanique technique impressionnante et d'une extraordinaire précision, Fabrice Murgia, le Verviétois ( et nous sommes heureux de le rappeler car  c'est  le talent d'un belge dont il est question), nous confirme  son travail de recherche et d'exception.

     

     Fabrice Murgia :C'est bien à la force du travail que je crois surtout,  même s'il est vrai qu'il faut une part de chance pour atteindre le succès. 

     « Les Enfants de Jéhovah » , c'est comme une seconde partie au   "Chagrin des Ogres »  en réfléchissant à la façon dont l'enfance et ce que nous y vivons façonne notre personnalité et notre estime de soi.

     

    LES ENFANTS DE JEHOVAH

     

    Trois comédiennes  interprètent cette pièce toute particulière et de grand intérêt : Cécile Maidon - Magali Pinglaut - Ariane Rousseau .

    Elles nous offrent  leur talent avec générosité. Les rôles  qu'elles défendent avec ardeur ne sont pas faciles à interpréter. Elles le font avec virtuosité ! 

     

    Autour de Fabrice Murgia :

    David Murgia (Conseiller artistique)

    Assistante : Catherine Hance

    Musique : Maxime Glaude

     Scénographie et création lumières hallucinantes et féeriques : Simon  Siegman

    Stagiaire à la mise en scène : Pénélope Biessy

    Création vidéo : Arié Van Edmond

    Création costumes :  Marie-Hélène Balau

    Régie  son , important chez Murgia) : Sébastien Courtoy

    Régie vidéo : Xavier Lucy

    Régie lumières : Hervé Gajean

    Régie générale : Damien Arrii

    Construction du décor ( que l'on devine dans un clair-obscur : Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse)

    Production : Cie Artara ( et de multiples partenaires tant en Belgique qu'en Suisse et en France.) 

    Un spectacle promu à une longe tournée en 2013.

     

    LES ENFANTS DE JEHOVAH

    Grand Manège (Namur

    Du 29/021  au  02/02 à 20h30

    Infos Réservation :  081/226 026 

     (Avec des extraits de propos et  extraits du dossier pédagogique publiés dans le programme du théâtre ainsi que la collaboration et la complicité de Mijanou Loosen.)

     

    Roger Simons

     

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